Burkina Faso : RSF dénonce trois nouveaux enrôlements forcés, portant à six le nombre de journalistes réquisitionnés par l’armée en moins d’un an

Enlevés il y a plus de dix jours, par des individus se présentant comme des membres du service de renseignement, les journalistes Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Luc Pagbelguem, sont réapparus dans une vidéo diffusée le 2 avril. Alors que leurs proches sont toujours sans nouvelles d’eux, sur ces images, ils sont en tenue militaire et disent "couvrir la réalité sur le terrain". Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement ces enrôlements forcés de journalistes et exige leur libération immédiate.
Vêtus d’uniformes militaires et le crâne rasé, les journalistes burkinabé Guezouma Sanogo, Boukari Ouoba et Luc Pagbelguem sont réapparus après plus de dix jours de détention dans un lieu inconnu. Alors qu’aucun de leurs proches n’a eu de leurs nouvelles depuis leur arrestation, une vidéo, largement partagée sur les réseaux sociaux depuis le mercredi 2 avril par des comptes pro-junte, les montre dans ce qui semble être une zone militaire. S'il dit "apprécier” cette “occasion" de “couvrir la réalité sur le terrain”, Boukari Ouoba reconnaît être arrivé "dans des conditions particulières", tandis que Guezouma Sanogo reste silencieux. Contactés par RSF, des membres de leur famille, des amis et des collègues ont confirmé leur identité sur la vidéo.
“Cette mise en scène de la junte – de l’enlèvement à la vidéo faite, de toute évidence, sous la contrainte –, est aussi brutale qu’inquiétante. Il s’agit clairement d’un message visant à intimider l’ensemble de la profession et à imposer l’autocensure. Forcer des journalistes à relayer une propagande d’État sous la contrainte est une violation inacceptable de la liberté de la presse, révélatrice d’un régime incapable de tolérer la critique. Ces nouveaux enrôlements forcés portent à six le nombre de professionnels des médias qui en sont victimes en moins d’un an. RSF condamne fermement cette mesure de rétorsion visant à les faire taire et exige leur libération immédiate.”
Le 24 mars, des individus se présentant comme des policiers du service de renseignement ont arrêté Guezouma Sanogo, tout juste élu président de l'Association des journalistes du Burkina Faso (AJB) et journaliste à la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB), et Boukari Ouoba, journaliste d'investigation et vice-président de l’AJB, à Ouagadougou. Ce même jour, Luc Pagbelguem, journaliste de la chaîne de télévision privée BF1, a également été interpellé par “deux agents du Conseil national de sécurité” (CNS), selon son média.
Tous trois avaient diffusé ou relayé des informations sur le congrès de l'AJB, organisé trois jours plus tôt, au cours duquel l'association avait dénoncé des atteintes à la liberté d'expression et à la liberté de la presse "jamais égalées" depuis l'arrivée au pouvoir de la junte. Guezouma Sanogo avait également plaidé, lors du congrès de l’AJB, pour la libération des quatre journalistes et chroniqueurs réquisitionnés et portés disparus depuis le début de l’année 2024.
Une répression accrue contre les journalistes critiques
Ces nouveaux enrôlements forcés portent à six le nombre de professionnels des médias qui en sont victimes en moins d’un an. Les autorités burkinabè avaient officiellement assumé, le 24 octobre 2024, la réquisition de Serge Oulon, directeur de publication du journal L'Événement, ainsi que des chroniqueurs Adama Bayala et Kalifara Séré de la chaîne privée BF1. En revanche, elles refusent toujours de s’exprimer sur le sort d’Alain Traoré, dit Alain Alain, chroniqueur du groupe de presse Omega Media. Guezouma Sanogo avait également mentionné les cas de disparition de Bienvenu Apiou, James Yazid Dembélé et Mamadou Ali Compaoré.
Autre forme de répression des journalistes : le professionnel de l’information, aujourd’hui indépendant, Abdoulaye Barry, plus connu sous le nom de Newton Ahmed Barry figure depuis le 1er avril, sur une liste de 32 personnes “recherchées pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste” par les services de sécurité burkinabè ont diffusé.